Les parlementaires italiens réclament le retour sous contrôle d'État des réserves d'or, troisième fortune mondiale du pays
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Les parlementaires italiens réclament le retour sous contrôle d’État des réserves d’or, troisième fortune mondiale du pays

Rob Laurens

La Banque d’Italie détient actuellement les réserves aurifères du pays. Quatre sénateurs italiens proches de Giorgia Meloni ont proposé un amendement budgétaire pour transférer cette gestion à l’État au nom du peuple italien. L’or représente un enjeu financier majeur, notamment avec le cours qui dépasse désormais les 4.000 dollars l’once en octobre.

L’Italie possède la troisième réserve d’or mondiale avec 2.452 tonnes, derrière les États-Unis et l’Allemagne. Cette richesse suscite depuis longtemps les convoitises nationales, notamment pour réduire une dette publique atteignant 136% du PIB. Plusieurs politiques italiens plaident pour exploiter ces réserves via des cessions partielles ou des garanties hypothécaires.

L’initiative gouvernementale risque cependant de violer les règles européennes en compromettant l’indépendance de la Banque centrale italienne. Membre de l’Eurosystème, cette institution ne peut recevoir d’instructions des États membres et doit préserver l’or comme élément stratégique des réserves monétaires. La Banque d’Italie souligne que ces réserves renforcent la confiance dans la stabilité financière et l’euro.

Pour contourner les objections de la Banque centrale européenne, les sénateurs ont reformulé leur amendement. Le texte affirme que les réserves appartiennent au peuple italien sans mentionner l’État explicitement. Lucio Malan affirme que l’objectif n’est pas de vendre l’or, mais de prévenir toute cession abusive par la Banque d’Italie lors de futures crises.

La France a tenté une expérience comparable en 2004. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Économie, a proposé de céder une part des réserves aurifères nationales pour financer des investissements rentables. Le gouverneur de la Banque de France Christophe Noyer s’y est d’abord opposé avant d’accepter un accord pour une gestion plus active.

Cette décision française s’est avérée désastreuse financièrement. Environ 590 tonnes ont été vendues sur cinq ans, libérant 4,67 milliards d’euros de plus-values. Cependant, la Cour des comptes a établi en 2012 que sans ces ventes, la valeur des réserves aurait dépassé 19,4 milliards d’euros en 2010 grâce à l’appréciation du métal précieux.

La France n’a jamais renouvelé cette opération depuis. La Banque de France maintient ses réserves inchangées, les considérant comme essentiels à sa crédibilité et à l’indépendance de sa politique monétaire. L’exemple français illustre les pièges d’une gestion court-termiste du patrimoine aurifère national.

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