Le Niger marque la fin de la présence française dans l'exploitation de son uranium stratégique
ÉconomieFranceInternational

Le Niger marque la fin de la présence française dans l’exploitation de son uranium stratégique

Esteban Ortega

La France voit graduellement son influence s’éroder en Afrique. Bien que la croissance économique subsaharienne ait atteint 4 % en 2024, les échanges commerciaux franco-africains ont diminué de 0,4 % annuellement. Nationalismes locaux et diversification des marchés accélèrent ce recul, héritage direct de la période coloniale qui alimentait autrefois l’économie hexagonale.

Le Niger symbolise particulièrement ce déclin français. Dimanche soir, le pays a annoncé placer l’uranium de la Somaïr, filiale d’Orano, sur le marché mondial. Depuis le coup d’État de 2023, le Niger n’exporte plus vers la France et incarne le repositionnement politique du continent africain. Cette situation soulève des questions cruciales sur les dépendances énergétiques et les rivalités géopolitiques.

L’uranium nigérien revêt une importance stratégique majeure pour la France. L’énergie nucléaire demeure la première source d’électricité nationale, rendant l’uranium indispensable à la souveraineté énergétique. Le Niger possède d’importants gisements, notamment Imourarent avec 200 000 tonnes de réserves estimées. Avant 2023, cet uranium couvrait 10 à 15 % des besoins français.

Après le coup d’État de 2023, la junte militaire sous Abdourahamane Tchiani a radicalement changé de cap. La Somaïr, détenue à 63,4 % par Orano et 36,6 % par l’État nigérien, a été nationalisée en juin. Paris a perdu le contrôle opérationnel et les recours juridiques demeurent sans effet. La France s’approvisionne désormais auprès du Kazakhstan, fournisseur de 43 % de la production mondiale à prix compétitifs.

Le Premier ministre nigérien Ali Mahaman Lamine Zeine a dénoncé les tentatives françaises d’arrêter l’exploitation minière. À l’Assemblée générale de l’ONU, il a affirmé que cinquante ans d’uranium ont apporté misère et pollution au Niger, tandis que la France en tirait prospérité et puissance. Ce discours reflète les tensions héritées du colonialisme.

L’acheminement d’uranium nigérien pose désormais question. En novembre 2025, environ 1 000 tonnes de yellow cake auraient transité dans des camions sous contrôle de groupes djihadistes. Les experts suspectent fortement l’implication du géant nucléaire russe Rosatom pour un accord estimé à 147 millions d’euros. Cette hypothèse alimente les tensions géopolitiques régionales.

La Russie renforce progressivement ses relations avec le Niger, comblant le vide laissé par la France. En juillet, le ministre russe de l’Énergie Sergueï Tsiviliov s’est rendu à Niamey pour discuter coopération avec le général Abdourahamane Tiani. Moscou ambitionne de contrôler toute la chaîne d’exploitation uranifère, remplaçant effectivement la présence française sur le terrain.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer