
Un tribunal tunisien a prononcé des condamnations substantielles vendredi 28 novembre lors d’un appel concernant un méga-procès pour complot contre la sûreté de l’État. Les peines s’échelonnent de cinq à quarante-cinq ans de prison. L’homme d’affaires Kamel Letaief reçoit la sanction la plus sévère. Au total, trente-sept personnes ont été poursuivies, principalement des figures de l’opposition tunisienne, dans une procédure que les organisations de défense des droits de l’homme qualifient de parodie judiciaire.
Les accusations incluaient notamment des rencontres avec des diplomates étrangers. Comparée aux peines de première instance atteignant jusqu’à soixante-six ans, la cour d’appel a maintenu des condamnations substantielles. Trois acquittements ont été prononcés. Certains accusés ont vu leurs peines augmentées tandis que d’autres ont obtenu des réductions mineures. Des amendes de quinze mille à trente mille euros ont également été imposées à plusieurs condamnés.
La plupart des accusés sont en détention depuis deux ans et demi. Plusieurs ont refusé de comparaître par visioconférence, craignant pour leur sécurité selon la défense. D’autres se trouvent en fuite ou en exil à l’étranger. Jawhar Ben Mbarek, chef du Front de salut national, reçoit vingt ans de prison. Issam Chebbi, Ghazi Chaouachi et Ridha Belhaj figurent parmi les principaux opposants condamnés. L’écrivain français Bernard Henri Lévy a été jugé par contumace.
Le procès a suscité des critiques virulentes d’organisations internationales. Human Rights Watch le qualifie de parodie de justice sans preuve crédible. Amnesty International affirme que la cour d’appel autorise l’utilisation du système judiciaire pour éliminer la dissidence politique. Les observateurs notent que le procès s’est déroulé pratiquement sans plaidoiries substantielles selon la défense.
Le Parlement européen a adopté jeudi une résolution demandant la libération des prisonniers politiques et des détenus d’opinion tunisiens. Le président tunisien Kaïs Saïed a qualifié cette initiative d’ingérence flagrante dans les affaires nationales. Il avait précédemment convoqué l’ambassadeur européen à Tunis durant la même semaine en réaction aux critiques internationales.



