
Un combattant russe pose fièrement avec trois cadavres de soldats ukrainiens sur une image publiée en novembre. Les corps ont été dépouillés de leurs équipements avant leur exécution. Le message accompagnant la photo proclame que ceci illustre une armée de vainqueurs, non de victimes. Cette publication sur Telegram annonce ensuite un concours macabre offrant des récompenses en cryptomonnaie aux trois premières personnes envoyant des photos de prisonniers visiblement exécutés.
Le canal Telegram qui diffuse ces images appartient à Rusich, une unité de mercenaires russes affichant des références néonazies. Ce groupe s’est fait connaître dans le Donbass en 2014 puis aux côtés de Wagner. Ses atrocités incluent des décapitations, des humiliations de prisonniers et des exécutions régulièrement documentées et partagées en ligne. Les analystes estiment que Rusich comptait quelques dizaines de combattants en 2022.
Selon Candace Rondeaux, spécialiste à l’Arizona State University, Rusich terrorise l’adversaire en mettant en scène sa brutalité. Le groupe opère avec l’aval du GRU, le renseignement militaire russe, en recrutant parmi les ultranationalistes russes et anciens parachutistes. Depuis sa création, Rusich mène des opérations en profondeur incluant la reconnaissance, le sabotage et les missions de sniping, souvent derrière les lignes ennemies en Ukraine.
Les membres de Rusich arborent ouvertement des symboles ultranationalistes et néonazis. L’écusson de l’unité combine le drapeau impérial russe avec la Kolovrat, symbole ultranationaliste devenu étendard des groupes néonazis d’Europe de l’Est après la Seconde Guerre mondiale. Les combattants portent également des runes païennes de mythologie nordique comme les runes de Thyr et d’Odal, utilisées par des mouvements suprémacistes blancs mondiaux.
Alexeï Milchakov, fondateur et leader de Rusich, s’est publiquement déclaré nazi et a appelé à l’extermination des Ukrainiens. Il aurait découpé les oreilles de combattants ukrainiens en 2014 avant de publier ces images en ligne. Selon le blogueur pro-ukrainien ButusovPlus, Milchakov opère actuellement au sein du 417e bataillon de reconnaissance de la 42e division de fusiliers motorisés russes.
En 2017 en Syrie, un membre de Rusich pose avec la tête décapitée d’un homme. Plus récemment, le groupe publie régulièrement des images d’horreur incluant des décapitations et des mutilations. Ces images diffusées en ligne ont servi de preuves judiciaires notamment contre Yan Petrovsky, leader de Rusich arrêté en Finlande en juillet 2023 et condamné à perpétuité pour crimes de guerre en Ukraine.
La communication constitue l’élément central de la stratégie de Rusich depuis 2014. Le groupe publie des images de ses crimes pour diffuser l’idée d’une impunité totale. Cette guerre psychologique sur les réseaux sociaux serve un narratif particulier, notamment concernant les discussions potentielles de paix entre Ukraine et Russie qui pourraient ignorer les mécanismes de réparation des crimes de guerre russes.



