
L’avocate et chroniqueuse tunisienne Sonia Dahmani a été libérée conditionnellement après dix-huit mois de détention. Son avocat, Sami Ben Ghazi, a confirmé cette libération jeudi 27 novembre. Elle demeure toutefois soumise à des mesures de contrôle judiciaire. Le ministère de la Justice a accordé sa remise en liberté suite à une expertise médicale révélant une aggravation de son état de santé.
Âgée de soixante ans, Dahmani est une figure critique envers le président Kaïs Saïed. Son arrestation brutale a eu lieu le 11 mai 2024 au siège de l’Ordre des avocats de Tunis par des policiers masqués. Cette opération avait été filmée en direct par France 24. Ses confrères ont dénoncé l’illégalité de cette interpellation musclée et coercitive.
Les poursuites contre Dahmani reposent sur des déclarations critiques diffusées dans les médias concernant le racisme en Tunisie. Elle a été condamnée à plusieurs reprises en vertu du décret présidentiel 54 portant sur les « fausses informations ». Elle cumule plusieurs peines d’emprisonnement pour violations de cette législation controversée promulguée en 2022.
En juin, elle a reçu deux années supplémentaires de prison pour une intervention radiophonique critiquant l’existence de cimetières et d’autobus réservés aux personnes noires en Tunisie. Antérieurement, dix-huit mois de détention lui avaient été infligés pour des commentaires ironiques sur les migrants subsahariens. Cinq affaires distinctes visent actuellement cette avocate pour ses prises de parole médiatiques.
Le Parlement européen a adopté jeudi une résolution exprimant une profonde inquiétude concernant l’érosion de l’État de droit en Tunisie. Il a dénoncé la détention arbitraire et le harcèlement judiciaire dont souffre Dahmani. Les députés ont exigé la libération inconditionnelle de toutes les personnes emprisonnées pour délits d’opinion et l’abrogation du décret 54.
Depuis le coup de force présidentiel de juillet 2021, plusieurs catégories de citoyens sont enfermées : opposants politiques, avocats, journalistes et militants défendant les droits des migrants. Le régime utilise le décret 54 et la législation antiterroriste pour étouffer les voix critiques et contester les libertés fondamentales dans le pays.



