Madagascar : comment la révolte née dans les rizières a progressivement gagné les rues de la capitale ?
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Madagascar : comment la révolte née dans les rizières a progressivement gagné les rues de la capitale ?

Annabelle Chesnu

Raymond n’a pas l’apparence d’un révolutionnaire. Ce fermier de soixante et un ans travaille la terre depuis son enfance, à une dizaine de kilomètres au nord d’Antananarivo. Les pieds nus dans la boue, il consacre ses journées à cultiver le riz sur ses parcelles. Autrefois, il produisait une tonne de riz annuellement de ces terres qu’il connaît depuis l’enfance.

En juillet, sa réalité a basculé. Des travaux de terrassement ont commencé sans consentement des propriétaires terriens. Une entreprise était censée construire une ferme solaire en recouvrant les rizières de deux mètres de terre. Cette opération s’inscrivait dans une logique d’urbanisation chaotique caractérisée par des remblais massifs. La zone d’Ivato, près d’une agglomération de quatre millions d’habitants, a vu disparaître des dizaines d’hectares de cultures en quelques semaines seulement.

Raymond et ses voisins ont refusé cette disparition programmée de leur patrimoine agricole. La proximité de l’aéroport international expliquait l’intérêt des promoteurs pour ces terres. Ces projets immobiliers lucratifs étaient menés par des proches du pouvoir présidentiel. Les opérations demeuraient opaques, sans transparence envers les habitants affectés. Le président Andry Rajoelina orchestrait ces transformations urbaines.

Le mouvement de protestation a grandi progressivement dans les campagnes. Ce qui a commencé comme une résistance locale s’est transformé en mobilisation plus large. Les mécontentements accumulés des citoyens malgaches ont trouvé dans cette cause un point de cristallisation. Durant trois semaines, les manifestations se sont multipliées dans les villes.

Face à l’ampleur du mouvement, Andry Rajoelina a quitté le pays. Son départ a eu lieu la nuit du onze au douze octobre. Le pouvoir politique s’est fragmenté. Un groupe de colonels a rapidement établi une autorité de transition le quatorze octobre, marquant une rupture majeure dans la gouvernance du pays.

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