
Le groupe chinois de commerce électronique JD.com s’apprête à acquérir une participation significative dans Fnac Darty, mais par une voie détournée. L’entreprise a lancé une offre publique d’achat d’une valeur de 2,2 milliards d’euros sur Ceconomy, société allemande propriétaire de MediaMarkt et Saturn. Or, Ceconomy détient 22 % de Fnac Darty. Si cette opération aboutit, JD.com deviendra automatiquement le deuxième actionnaire du distributeur français.
Les autorités françaises considèrent Fnac Darty comme un acteur stratégique fondamental. Cette entreprise demeure le premier vendeur de livres du pays et occupe une position centrale à l’intersection de trois secteurs clés : la culture, les données et la distribution. Cette position la rend particulièrement sensible aux yeux de Bercy.
Face à ce dossier, le gouvernement français a déclenché la procédure de contrôle des investissements étrangers. Cet outil s’est considérablement renforcé au cours des dernières années. En 2024, près de 400 dossiers ont été examinés, avec environ la moitié assortis de conditions spécifiques. Depuis 2022, seuls six refus formels ont été prononcés. JD.com a déposé son dossier, que Bercy devra analyser pendant trois mois.
Cette réaction française contraste fortement avec l’approche allemande. L’autorité allemande de la concurrence a déjà approuvé l’opération sans soulever d’objections majeures. Le contexte historique explique cette différence : dix ans après l’acquisition de Kuka par un groupe chinois, l’Allemagne adopte une stratégie plus pragmatique. Économiquement fragilisée, elle envisage les partenariats avec JD.com comme une opportunité d’accès à une expertise logistique précieuse et à des collaborations bénéfiques pour son secteur automobile exportateur.
Ces deux positions révèlent deux visions européennes divergentes face à la Chine. La France privilégie la protection de sa souveraineté culturelle et de ses données sensibles. L’Allemagne privilégie plutôt les considérations économiques pragmatiques et les bénéfices à court terme pour ses industries exportatrices, notamment l’automobile. Cette divergence illustre les tensions entre protectionnisme et ouverture économique au sein de l’Union européenne.



