
Le procès du cimentier Lafarge a franchi une étape décisive lundi 24 novembre. Après avoir examiné les mécanismes de décision au sein du groupe, les débats se concentrent désormais sur l’accusation centrale : le financement de groupes terroristes. Cette question revient à déterminer si les anciens dirigeants avaient connaissance de ces liens.
Pendant la première semaine, les responsables du groupe et de sa filiale syrienne Lafarge Cement Syria ont exposé les raisons de leur maintien en Syrie jusqu’en 2012. Bruno Pescheux, ancien directeur de la cimenterie de Jalabiya, a déclaré que tous croyaient que le conflit serait temporaire. Selon lui, cette crise était perçue comme transitoire, sans qu’on mesure vraiment sa durée.
Les anciens dirigeants du groupe ont présenté une version cohérente concernant les motivations de leurs choix stratégiques. Cependant, cette unanimité s’est fragmentée dès qu’il s’est agi de répartir les responsabilités individuelles. Pescheux a affirmé que ses compromis incluaient des paiements aux groupes armés, et qu’il les avait effectués avec l’autorisation de sa hiérarchie directe, notamment Christian Herrault.
Christian Herrault, ancien directeur général adjoint chargé des opérations en Syrie, s’est trouvé dans une position difficile. Son supérieur Bruno Lafont, ancien PDG du groupe, a déclaré qu’il aurait ordonné la fermeture de l’usine s’il avait reçu cette information. Il a ajouté que Herrault ne lui avait jamais communiqué cette demande.
Herrault a contredit cette version lors de son témoignage. Il a affirmé avoir transmis à Lafont toutes les informations pertinentes sur les relations avec l’État islamique. Ces contradictions directes entre les dirigeants constituent le cœur du dossier et détermineront leur responsabilité respective dans ce dossier de financement présumé.



