
Un tribunal tunisien a rendu son verdict dans une affaire historique impliquant cinq travailleurs humanitaires accusés de faciliter l’entrée clandestine de migrants. Deux prévenus ont reçu des condamnations allégées et seront libérés, tandis que trois autres ont bénéficié d’un non-lieu. Ce procès sans précédent marque une étape significative dans les poursuites contre les organisations d’aide aux migrants en Tunisie.
Parmi les accusés figuraient Mustapha Djemali, octogénaire et ancien cadre supérieur du Haut-Commissariat des Nations unies aux réfugiés, ainsi qu’Abderrazek Krimi, chef de projet du Conseil tunisien des réfugiés. Les deux hommes détenaient depuis dix-huit mois ont été condamnés à deux ans d’emprisonnement. Leur libération était imminente après avoir purgé l’essentiel de leur peine. Les trois autres employés de l’organisation ont vu les accusations contre eux abandonnées.
La défense a établi que le Conseil tunisien des réfugiés opérait sous un cadre légal strict en partenariat avec le Haut-Commissariat des Nations unies. L’organisation fournissait des logements d’urgence aux demandeurs d’asile et réfugiés. Les avocats ont souligné cette collaboration institutionnelle pour démontrer l’absence de culpabilité.
Durant l’audience, Djemali a exprimé son émotion face aux accusations. Il a rappelé ses quarante années de travail humanitaire et réaffirmé que l’association n’avait jamais formé d’entente criminelle. Krimi a également questionné sa détention prolongée, précisant que l’assistance fournie concernait exclusivement les populations vulnérables. Tous deux affirmaient avoir agi en coordination avec les autorités.
Human Rights Watch avait appelé avant le jugement les autorités à abandoner les poursuites considérées comme infondées. L’organisation internationale affirmait que le Conseil tunisien des réfugiés menait un travail de protection essentiel en légalité. Les critiques internationales dénonçaient la criminalisation de l’aide humanitaire.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte politique tendu. Depuis 2021, les observateurs documentent une contraction des libertés civiles en Tunisie. En février 2023, le président avait tenu des propos virulents contre les migrants subsahariens, affirmant qu’ils menaçaient la composition démographique nationale. Des milliers de migrants ont alors quitté le pays dans des conditions dramatiques.
Les arrestations de mai 2024 visaient environ une douzaine de travailleurs humanitaires. Sherifa Riahi, dirigeante de Terre d’asile, et Saadia Mosbah, activiste contre le racisme, figuraient parmi les personnes poursuivies. Le procès des militants de Terre d’asile doit commencer en décembre. Les organisations de défense des droits expriment leur inquiétude face à la répression croissante du secteur humanitaire.



