
Le 13 novembre 2019, aux alentours de 11h30, les pompiers de Dax interviennent d’urgence dans une habitation du centre-ville. À l’étage, Enéa, dix-huit ans, est victime d’un arrêt cardiorespiratoire suite à des convulsions. Une substance blanche mousse s’échappe de sa bouche. Les pompiers constatent une chambre singulière : l’unique fenêtre est obstruée par une armoire et des messages sombres recouvrent les murs. Malgré leurs efforts pour ranimer la jeune femme, son état demeure critique. Elle décède à l’hôpital six jours plus tard.
Six années s’écoulent avant que Maylis Daubon, sa mère âgée de cinquante-trois ans, soit jugée par la cour d’assises des Landes. Elle fait face à des accusations d’empoisonnement mortel d’Enéa, d’empoisonnement de sa fille cadette Luan qui a survécu, et de tentative d’assassinat contre son ex-mari Yannick Reverdy. L’accusée conteste ces faits avec vigueur. Ses avocats affirment qu’elle subit un deuil dévastateur tout en étant inculpée du crime le plus grave pour une mère. Maylis Daubon maintient que sa fille dépressive s’est suicidée, invoquant ses scarifications et un tatouage comme preuves.
Les analyses toxicologiques révèlent vingt-quatre molécules distinctes dans le sang d’Enéa, éveillant rapidement les soupçons des médecins. Neuroleptiques, anxiolytiques et anticonvulsionnants sont détectés, ainsi que du Propranolol, un bêtabloquant mortel à forte dose. L’équivalent de cinquante à soixante-quinze comprimés de ce médicament a été identifié, sans qu’aucune boîte ne soit retrouvée près du corps. Enéa n’a jamais reçu cette prescription. L’autopsie confirme l’absence de pathologie physique en dehors d’une pelade. Avant son décès, elle a consulté trente-deux spécialistes en deux ans.
Les enquêteurs découvrent que le téléphone d’Enéa, utilisé alors qu’elle était dans le coma, reste introuvable. Le téléphone de Maylis Daubon révèle des recherches antérieures sur les overdoses de bêtabloquants. La mère est décrite comme excentrique et charismatique, mais également mythomane, prétendant connaître Macron et Poutine. Elle affirme faussement que sa fille atteinte de pelade souffre d’une leucémie. Avant la mort d’Enéa, elle répandait que celle-ci était condamnée. Ses avocats soulignent son pouvoir de persuasion remarquable.
En janvier 2022, Maylis Daubon est mise en examen pour empoisonnement mortel. Les enquêteurs cherchent le motif de ce crime supposé. L’expertise psychiatrique propose l’hypothèse d’un syndrome de Münchhausen par procuration, pathologie rarissime où l’on rend volontairement son enfant malade pour obtenir attention et compassion. Cette théorie avait déjà été évoquée en 2018 par une psychologue constatant une domination totale de Maylis Daubon sur ses filles.
La famille fait l’objet d’un suivi depuis des années suite à la séparation conflictuelle avec Yannick Reverdy. Dès 2009, une enquêtrice sociale signale une “soumission” des enfants envers leur mère au juge des enfants. En 2011, les deux fillettes refusent tout contact avec leur père malgré les tentatives de conciliation judiciaires. Aujourd’hui, Luan continue de rejeter son père. L’avocat paternel affirme que Maylis Daubon a manipulé sa fille pendant plus de dix ans.
Luan, actuellement âgée de vingt-deux ans, est considérée comme victime de sa mère bien qu’elle refuse de se constituer partie civile. Des analyses toxicologiques effectuées après la mort d’Enéa détectent dix molécules chez Luan, alors âgée de seize ans. Antidépresseurs, anxiolytiques et somnifères sont présents malgré l’absence d’ordonnance à son nom, malgré quelque soixante consultations entre 2018 et 2021. En mars 2023, Maylis Daubon est mise en examen pour empoisonnement et Luan placée en famille d’accueil.
Des mois plus tard, nouveau rebondissement : Maylis Daubon est inculpée de tentative d’assassinat contre son ex-mari suite à un signalement de l’administration pénitentiaire. Depuis sa cellule, elle aurait confié à ses codétenues son intention d’engager un tueur, payable en bitcoins, pour éliminer Yannick Reverdy et dissimuler son corps dans un étang. La défense qualifie ces allégations de commérages pénitentiaires dénués de fondement. L’accusée encourt trente ans de réclusion criminelle.



