
La Cour des comptes affirme que prolonger les centrales nucléaires est plus rentable que construire de nouveaux réacteurs pour l’électricité française. Son rapport de 120 pages, publié récemment, analyse les coûts et bénéfices de ces deux stratégies énergétiques distinctes pour le système électrique national.
Les investissements de maintenance des réacteurs jusqu’à 60 ans demeurent considérables mais se révèlent économiquement viables pour EDF. Entre 2014 et 2024, les dépenses annuelles de maintenance ont dépassé 6 milliards d’euros, représentant une augmentation de 28 % comparée à la période précédente. Cette hausse résulte du vieillissement des réacteurs et des normes de sûreté renforcées après l’accident de Fukushima en 2011.
Économiquement, prolonger les installations existantes jusqu’à 60 ans coûterait 51 euros par MWh selon la Cour. Ce tarif s’avère très compétitif face aux nouveaux réacteurs EPR2, estimés à 79,90 euros par MWh. Au-delà de 60 ans, la prolongation devient inévitable pour éviter que la production nucléaire française ne diminue de moitié dans deux décennies.
La politique française sur le nucléaire a connu un revirement majeur. En 2020, l’État ordonnait la fermeture de réacteurs, notamment à Fessenheim. Désormais, la programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit de maintenir les réacteurs au-delà de 50 puis 60 ans, tout en construisant six nouveaux réacteurs supplémentaires sous le projet de relance de 2022.
EDF a démontré sa capacité à gérer des crises majeures, notamment la corrosion sous contrainte qui avait arrêté environ la moitié des réacteurs en 2022. Cependant, la disponibilité des réacteurs a diminué, passant de 80 % à 74 % entre 2006-2024. Le plan START 2025 vise à améliorer cette disponibilité en raccourcissant les arrêts programmés. Le plan de rénovation « Grand carénage » requiert un minimum de 100,8 milliards d’euros jusqu’en 2035.
La France demeure le pays le plus dépendant de l’énergie nucléaire mondialement. En 2024, l’atome représentait plus de 67 % de sa production d’électricité, bien au-delà des États-Unis à 20 %. En mai 2025, la France exploitait 57 des 439 réacteurs mondiaux, juste derrière la Chine avec 58 réacteurs. Toutefois, la puissance nucléaire installée est tombée sous 40 %, cédant du terrain aux énergies renouvelables.



