
Un film intitulé «Haq», sorti le 7 novembre, ravive une affaire judiciaire majeure qui a profondément marqué l’Inde dans les années 1980. Cette œuvre cinématographique s’inspire de l’histoire de Shah Bano, une femme musulmane devenue malgré elle un symbole de débats fondamentaux. Le film arrive dans un contexte de tensions, la famille de la défunte ayant tenté d’en empêcher la diffusion, affirmant qu’il déformait sa mémoire. Le réalisateur Suparn S. Varma a cependant affirmé son intention de traiter le sujet avec rigueur.
En 1978, Shah Bano Begum, une veuve de soixante-deux ans mère de cinq enfants, a contesté sa répudiation devant les tribunaux. Elle réclamait une pension alimentaire en vertu du code de procédure pénale, applicable à toute épouse sans ressources indépendamment de sa religion. Son mari, avocat à Indore, s’était appuyé sur son interprétation de la loi personnelle musulmane, affirmant n’être redevable que durant la période de l’«iddat», soit trois mois après le divorce.
La Cour suprême a tranché en faveur de Shah Bano Begum en 1985, décision célébrée comme une victoire pour l’égalité des genres. Néanmoins, le gouvernement de Rajiv Gandhi, cédant aux pressions de dignitaires religieux musulmans, a promulgué une loi contournant ce verdict. Ce recul du pouvoir civil face à l’autorité religieuse a marqué un tournant décisif, contribuant à la montée ultérieure du Bharatiya Janata Party et polarisant durablement la société.
Le film met en scène Shazia Bano, une femme instruite et pieuse interprétée par Yami Gautam, répudiée par son mari Abbas Khan, joué par Emraan Hashmi. La représentation du «triple talaq», ce divorce verbal instantané, constitue un moment d’une intensité crue illustrant la brutalité d’une rupture à la fois intime et légale. Le combat de l’héroïne devient une affirmation de dignité et de citoyenneté indienne face aux interprétations religieuses restrictives.
Avant sa sortie, le film a provoqué une controverse lorsque la fille de Shah Bano a demandé l’interdiction de sa projection. La Haute Cour du Madhya Pradesh a rejeté cette requête, reconnaissant le caractère romanesque de l’adaptation. Cette polémique soulève une question cruciale : peut-on aborder les enjeux communautaires musulmans sans suspicion politique dans l’Inde contemporaine? Plusieurs productions cinématographiques ont précédemment été accusées de servir des récits nationalistes, plaçant Haq sous scrutin similaire.
Suparn S. Varma affirme que l’équipe a consacré une année à étudier les dimensions légales et religieuses du dossier, consultants des experts en islam et revisitant les textes sacrés. Emraan Hashmi, se décrivant comme un musulman libéral, voit le film comme un dialogue sur des questions que la société indienne préfère éviter. Pour lui, cette histoire revisité le moment où la nation s’est divisée entre conviction personnelle et constitutionnalisme, un débat toujours pertinent.
Les producteurs soulignent le caractère universel du film, affirmant qu’il traite fondamentalement des questions de genre et de pouvoir. La réception critique a reconnu la qualité des performances et de la mise en scène, bien que l’accueil public se soit montré réservé. Haq explore les zones d’ombre où justice, foi et domination s’entrecroisent, rappelant que la dignité humaine demeure une conquête plutôt qu’un don.



