La mise à l'arrêt de l'Admiral Kouznetsov marque le tournant de la Russie face aux porte-avions
International

La mise à l’arrêt de l’Admiral Kouznetsov marque le tournant de la Russie face aux porte-avions

Rob Laurens

L’Admiral Kouznetsov, unique porte-avions russe, a définitivement quitté la mer. Moscou abandonne son seul navire de ce type, après des décennies de problèmes de fiabilité. Ce géant de 300 mètres, construit dans les années 1980, traversait les océans en traînant derrière lui un remorqueur de haute mer dédié. Le navire passait davantage en cale sèche qu’en opération. Son système de propulsion au mazout lourd produisait une fumée si épaisse que les pilotes de chasse devaient effectuer des manœuvres dangereuses pour l’éviter.

En 2016, le Kremlin a tenté une démonstration de force en dépêchant l’Admiral Kouznetsov en Syrie. Cette mission s’est transformée en fiasco spectaculaire. Deux avions russes, un MiG-29K et un Su-33, se sont écrasés lors du décollage et de l’atterrissage à cause de câbles défaillants. Ces accidents ont coûté des dizaines de millions d’euros et contraint Moscou à conduire ses opérations aériennes depuis la terre ferme. L’incident a révélé les faiblesses chroniques du navire auprès du monde entier.

Après ce désastre syrien, le Kremlin a lancé en 2017 une opération de modernisation censée sauver le navire. Les malheurs se sont multipliés sans répit. Des incendies, le naufrage du dock flottant utilisé pour les réparations, et des dépassements budgétaires massifs ont accompagné cette tentative. Moscou a investi plus de 100 milliards de roubles dans ce sauvetage, équivalant au tiers du prix d’un porte-avions neuf. Le calcul s’imposait finalement : il était temps d’abandonner ce navire.

Géographiquement, la Russie a peu besoin de porte-avions. Moscou est une puissance continentale, pas maritime. Elle partage plus de 20 000 kilomètres de frontières terrestres avec 14 nations différentes. Les menaces historiques proviennent du continent, non de l’océan. Les États-Unis, puissance insulaire, possèdent 11 porte-avions nucléaires. La Chine en dispose de trois, la France d’un seul. Mais la Russie n’a jamais vraiment eu besoin de cette capacité projective à distance.

La marine russe a été conçue pour défendre les côtes, les bases et les mers intérieures. Les sous-marins nucléaires assurent la dissuasion stratégique sans dépendre de porte-avions. Sur le flanc nord, la Russie se concentre sur le renforcement des bases côtières et le déploiement de chasseurs pour intercepter des menaces potentielles. Bien que le porte-avions représente un symbole de prestige, Moscou choisit d’investir selon ses priorités réelles plutôt que de financer un outil coûteux et inadapté à sa stratégie militaire.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer