
Amine Kessaci, militant écologiste engagé contre le narcobanditisme, a connu un nouveau drame personnel. Son frère Mehdi, environ vingt ans, a été tué à Marseille au volant d’une voiture dans le centre-ville. Cet événement s’ajoute à une série de tragédies familiales. En 2020, son frère aîné Brahim avait déjà été assassiné puis brûlé. Kessaci avait écrit une lettre à Brahim dans son ouvrage sur le narcotrafic à Marseille, interrogeant les responsabilités de ces violences répétées.
Le procureur Nicolas Bessone envisage sérieusement un « assassinat d’avertissement » ciblant Amine Kessaci directement. Cette hypothèse représenterait une escalade majeure dans les méthodes criminelles locales. Kessaci bénéficiait déjà d’une protection policière depuis plusieurs semaines en raison de menaces reçues. Il était candidat du Nouveau Front Populaire aux élections législatives pour les 13e et 14e arrondissements de Marseille.
Jean-Baptiste Perrier, expert en criminologie à Aix-Marseille, explique comment fonctionnent ces violences. Lorsque des tueurs ne trouvent pas leur cible précise, ils éliminent une autre personne pour signifier leur présence. Ce message vise à avertir les groupes rivaux de ne pas sous-estimer le groupe qui agit. Habituellement, ces homicides s’inscrivent dans des règlements de comptes entre trafiquants, impliquant des victimes connues des services de police.
Cette situation se distingue des schémas criminels traditionnels. L’objectif devient d’intimider ceux qui combattent le trafic, non les trafiquants eux-mêmes. Amine Kessaci a fondé en 2020 l’association Conscience, regroupant environ 800 membres dans plusieurs villes. L’organisation mobilise contre les trafiquants, crée du lien social et soutient les quartiers populaires. Perrier souligne que cette stratégie vise spécifiquement à impressionner des militants comme Kessaci.
Fabrice Rizzoli, spécialiste de la grande criminalité, qualifie cette pratique de méthode mafieuse consistant à atteindre une cible innocente. Toutefois, Perrier y voit plutôt les codes des cartels sud-américains. Au Mexique et Colombie, s’attaquer aux familles de personnes influentes ou de politiques représente une pratique courante. Des directeurs pénitentiaires et juges d’instruction français font face à des menaces similaires actuellement.
Rizzoli exprime des inquiétudes majeures pour tous les militants combattant ouvertement le crime organisé. L’association Crim’HALT soutient d’autres mères marseillaises engagées contre le trafic. La distinction entre avertissement et punition devient cruciale : brûler une voiture constitue un avertissement, tandis qu’un meurtre représente une exécution. Le parquet a ouvert une enquête pour assassinat en bande organisée et association de malfaiteurs.



