
Une décennie après les attaques terroristes de Paris ayant causé 131 décès et plus de 400 blessés, la commune bruxelloise de Molenbeek demeure confrontée à une réputation entachée. Malgré les efforts pour se renouveler, la stigmatisation persiste, tandis que la vie culturelle locale tente de s’imposer face à des défis sociaux et sécuritaires toujours prégnants.
Au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, Molenbeek s’est retrouvée sous les projecteurs internationaux. Plusieurs membres du groupe responsable des attaques du Stade de France, du Bataclan et des terrasses parisiennes étaient issus de ce territoire. L’arrestation de Salah Abdeslam, seul membre survivant du commando, a renforcé l’association de la commune à la mouvance djihadiste.
Ben Hamidou, artiste implanté à Molenbeek, se rappelle l’arrivée massive des médias dans les rues étroites du quartier. « Personne n’est préparé à ce type d’acte immonde et innommable », déclare-t-il. Il évoque un choc profond ressenti par la population locale, confrontée à une image dégradée et à une surveillance accrue.
Molenbeek et la transformation culturelle face aux défis sécuritaires
Les reportages de l’époque décrivaient un territoire marginalisé, miné par le radicalisme et l’exclusion. Aujourd’hui, la dynamique culturelle s’affirme. Molenbeek, la commune la plus densément peuplée de Belgique et riche de près de 100 nationalités, a présenté sa candidature au titre de Capitale européenne de la culture pour 2030.
Fatima Zibouh, co-responsable du projet « Molenbeek for Brussels 2030 », souligne : « Un projet complètement fou. On sait que Molenbeek souffre d’une image assez négative, à l’étranger. Beaucoup de gens connaissent Molenbeek, mais ils ne connaissent pas Molenbeek pour de bonnes raisons. » Ce projet vise à redéfinir la perception de la commune, en valorisant sa diversité et son dynamisme artistique.
Cependant, la question demeure : les politiques de prévention de la radicalisation ont-elles permis une évolution tangible ? Les initiatives culturelles suffisent-elles à transformer durablement le territoire ?
Prévention, jeunesse et mutations sociales à Molenbeek
Mohamed Fahmi, expert en contre-terrorisme, estime que l’influence des réseaux salafistes et des Frères Musulmans reste présente à Molenbeek et dans les communes voisines. « Le travail de fond ne doit pas être fait au niveau sécuritaire, mais au niveau socio-éducatif », insiste-t-il. Pour lui, la réponse à la radicalisation passe avant tout par l’éducation et l’intégration sociale.
L’association Art2work, active sur le terrain, œuvre quotidiennement à l’insertion des jeunes issus de milieux défavorisés. Selon Mouna Chouaten, coordinatrice, « ce ne sont pas les phénomènes de radicalisation qui sont les plus inquiétants aujourd’hui, dix ans après les attentats, mais la hausse du décrochage scolaire et l’influence des gangs de la drogue qui sévissent à Bruxelles ».
Art2work déploie régulièrement une caravane mobile dans les quartiers les plus fragiles de Molenbeek afin d’entrer en contact avec les jeunes en rupture scolaire. Cette démarche vise à offrir des alternatives concrètes et à prévenir l’exclusion sociale, considérée comme un terreau fertile pour les dérives.
Image persistante et enjeux d’intégration à Bruxelles
Malgré la mobilisation d’acteurs culturels et associatifs, Molenbeek peine à se défaire de l’image négative qui lui colle à la peau. Entre volonté de transformation et réalités sociales complexes, la commune reste un territoire de contrastes, tiraillé entre passé douloureux et aspirations à un avenir apaisé.



