
Le scandale Epstein frappe désormais le cœur de l’establishment britannique. Peter Mandelson, ancien ambassadeur à Washington, fait face à des accusations graves concernant ses liens avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein. Après l’ex-prince Andrew impliqué dans de nouvelles photos et correspondances révélées par le ministère américain de la Justice, c’est au tour de cette figure politique majeure de subir les feux de la critique.
Ce qui choque particulièrement la classe politique britannique dépasse la simple amitié avec Epstein, établie depuis septembre dernier. Le véritable scandale concerne la transmission présumée d’informations financières sensibles au financier américain. Mandelson, surnommé le « prince des ténèbres » pour ses méthodes machiavéliques du pouvoir, se retrouve au cœur d’une tourmente médiatique depuis fin janvier.
Reconnu plus de 5 600 fois dans les documents du ministère américain de la Justice, Mandelson apparaît dans plusieurs échanges compromettants avec Epstein. Des mails suggèrent qu’il aurait communiqué des informations financières confidentielles au criminel. Ces révélations ont poussé le politicien à prendre rapidement ses distances avec le Labour, quittant le parti dimanche et la Chambre des Lords mercredi.
La police londonienne a lancé mardi une enquête criminelle contre cet homme de 72 ans, ancien ministre, pour infractions liées à des fautes dans l’exercice de fonctions officielles. Le gouvernement britannique, via plusieurs signalements, a voulu se distancier de cette affaire. Or, le Premier ministre Keir Starmer, déjà impopulaire, en est désormais éclaboussé puisqu’il avait nommé Mandelson à Washington.
Starmer a reconnu mercredi que Mandelson lui avait menti « à plusieurs reprises » sur sa relation avec Epstein avant et pendant son ambassade. L’opposition conservatrice exige la publication de tous les documents relatifs à cette nomination. Son chef de cabinet Morgan McSweeney, présenté comme l’« ancien protégé de Mandelson », devient également une cible de l’opposition et de certains députés travaillistes.
À l’époque des faits, Mandelson était secrétaire d’État au Commerce du gouvernement Gordon Brown, juste après la crise financière mondiale de 2008. Il aurait transmis à Epstein des informations susceptibles de affecter les marchés financiers. Un document destiné initialement au Premier ministre décrivait les difficultés économiques britanniques et recommandait de vendre des actifs publics pour lever des fonds.
Mandelson aurait également communiqué à Epstein que l’Union européenne finaliserait un plan de sauvetage de 500 milliards d’euros. Le 9 mai 2010, Epstein écrit que ses sources indiquent qu’un tel plan est « presque finalisé ». Mandelson répond : « Cela sera annoncé ce soir. » Le plan européen a effectivement été dévoilé le 10 mai. Cette anticipation révèle une transmission d’informations gouvernementales confidentielles.
Dans un autre échange de décembre 2009, Epstein demande si « Jamie devrait appeler Darling une fois de plus », vraisemblablement concernant le patron de JP Morgan et le ministre britannique des Finances. Mandelson répond : « Oui », en suggérant de le « menacer légèrement ». Les mémoires d’Alistair Darling confirment que cet appel a effectivement eu lieu.
Gordon Brown a dénoncé ces révélations comme un « acte inexcusable et antipatriotique ». Il a transmis à la police britannique des informations sur la divulgation de données sensibles pour les marchés et de secrets gouvernementaux. La Commission européenne a annoncé qu’elle examinerait si l’ex-commissaire britannique Mandelson avait violé ses obligations éthiques pendant son mandat de 2004 à 2008.
Un élément supplémentaire choque : Mandelson aurait reçu 75 000 dollars d’Epstein entre 2003 et 2004 en trois versements de 25 000 dollars chacun, provenant des comptes JP Morgan du financier. Le Financial Times a repéré ces paiements versés sur un compte Barclays au nom de son partenaire de l’époque, Reinaldo Avila da Silva, avec Mandelson mentionné comme bénéficiaire.
Interrogé sur ces virements, Mandelson a déclaré à la BBC qu’il n’avait « aucune trace ni aucun souvenir » de ces sommes et ignorait si les documents étaient authentiques. Le ministère américain de la Justice a également publié une photo le montrant dans une chambre d’hôtel vêtu d’un t-shirt et d’un slip, regardant une tablette aux côtés d’une femme en peignoir.
Mandelson a expliqué à la BBC ne pouvoir « pas situer l’endroit ni identifier la femme ». Il a nié toute implication dans les crimes sexuels d’Epstein, affirmant que le financier l’avait « tenu à l’écart de sa sexualité » en raison de son homosexualité. Ces explications ne suffisent pas à apaiser la tempête politique qui secoue le Royaume-Uni.



