
Les oiseaux marins font figure de sentinelles. Lorsqu’ils échouent sur les rivages avec leurs plumages souillés, ils révèlent l’ampleur des catastrophes maritimes. En décembre 1999, deux jours après le naufrage de l’Erika, un guillemot présentait déjà des traces de pétrole visqueux. Cette tragédie avait décimé environ 80 % des populations de ce petit pingouin noir et blanc. Entre 150 000 et 300 000 oiseaux ont péri lors de cette marée noire qui s’étendait sur 400 kilomètres de côtes bretonnes et vendéennes.
Vingt-six ans après cette catastrophe, l’épave continue de libérer du pétrole. Depuis l’automne, une trentaine d’oiseaux souillés ont été recueillis par la Ligue de protection des oiseaux pour être traités. Malheureusement, peu d’entre eux parviendront à survivre à cet empoisonnement prolongé.
À la station de l’Île Grande en Côtes-d’Armor, les équipes travaillent sans relâche. Depuis janvier, dix-sept oiseaux couverts de carburant y ont été admis. Le directeur reconnaît que le nettoyage représente une opération de dernière chance. Depuis 2019, cette structure a accueilli 400 oiseaux souillés par diverses sources de pollution pétrolière maritime.
Le carburant détruit le système isolant naturel des oiseaux marins. Cette couche d’air protectrice, emprisonnée entre le corps et les plumes, leur permet de supporter le froid océanique. Quand le pétrole s’infiltre, les oiseaux perdent cette protection thermique vitale et meurent d’hypothermie. Selon les spécialistes, les chances de survie restent extrêmement réduites pour les individus les plus gravement affectés.
L’intoxication s’aggrave quand les oiseaux tentent de se nettoyer en ingérant du carburant. Affaiblis et dénutris, ils cessent de chasser efficacement. À leur arrivée aux centres de soins, beaucoup doivent être gavés de force, une opération extrêmement stressante pour ces animaux sauvages, sans garantie de succès.
La Ligue de protection des oiseaux conseille aux citoyens de ne jamais intervenir directement auprès d’oiseaux blessés ou mazoutés. Contacter une station spécialisée reste la meilleure option. En Bretagne, SOS Faune sauvage fournit des conseils compétents sept jours par semaine.



