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Les grandes puissances discutent de la Groenland au sein du Conseil Arctique, une institution internationale majeure

Romain Mazzotti

L’Arctique demeure un foyer majeur de tensions géopolitiques, particulièrement autour du Groenland. Les récentes déclarations américaines concernant ce territoire autonome danois ont ravivé les inquiétudes internationales. Plusieurs pays européens membres de l’Otan, dont la France et l’Allemagne, ont déployé des soldats dans le cadre de l’Operation Arctic Endrurance. Cette initiative vise à maintenir la présence européenne et à contrebalancer les pressions unilatérales ou tentatives d’annexion.

Depuis sa création le 19 septembre 1996 par la Déclaration d’Ottawa, le Conseil de l’Arctique représente la principale instance intergouvernementale favorisant la coopération entre États arctiques, peuples autochtones et autres habitants. Son objectif central consiste à promouvoir le développement durable, protéger l’environnement et gérer les enjeux arctiques collectifs. Sa création répondait à la nécessité de formaliser une structure suite à la Stratégie de protection de l’environnement arctique adoptée en 1991.

Le Conseil comprend huit États membres possédant des territoires arctiques : Canada, États-Unis, Finlande, Danemark, Suède, Norvège, Islande et Russie. Six organisations représentant les peuples autochtones participent aux débats, notamment le Conseil circumpolaire inuit et l’Association russe des populations autochtones du Nord. Des pays non arctiques peuvent observer les délibérations sans droit de vote. La Russie représente l’unique membre ne faisant pas partie de l’Otan.

Fonctionnant selon un système de groupes de travail thématiques, le Conseil demeure un forum consultatif dépourvu de pouvoir contraignant. Il n’émet que des recommandations dont l’application dépend du volontarisme des États. Les décisions requièrent un consensus unanime. La présidence alterne tous les deux ans entre les huit membres, le Danemark assurant actuellement cette responsabilité depuis 2025 avec cinq priorités : les communautés autochtones, le développement économique durable, l’océan, le changement climatique et la biodiversité.

Cet équilibre coopératif s’est fragilisé depuis 2014 après l’annexion de la Crimée par la Russie. L’invasion ukrainienne de 2022 a particulièrement ralenti les activités diplomatiques. Plusieurs membres ont boycotté l’instance et les réunions scientifiques ont cessé jusqu’à février 2024. Cette suspension russe a endommagé ce qui était autrefois présenté comme un modèle de coopération internationale exemplaire entre États.

Le Groenland occupe une position géostratégique cruciale en Arctique. Plus des trois quarts de son territoire sont recouverts par la deuxième calotte glaciaire mondiale après l’Antarctique. Entre 1992 et 2018, il a perdu approximativement 3 900 milliards de tonnes de glace, une perte correspondant aux prévisions pessimistes du GIEC. Le réchauffement climatique affecte le Groenland quatre fois plus rapidement que la moyenne mondiale.

Jusqu’à récemment, les discussions arctiques portaient principalement sur le changement climatique. Progressivement, la géopolitique a supplanté ces préoccupations environnementales. Le Groenland symbolise désormais un territoire autrefois considéré comme à protéger, devenant un enjeu à défendre ou conquérir. Jeudi, la diplomatie russe a exprimé sa sérieuse inquiétude face aux annonces de renforts militaires de l’Otan au Groenland, dénonçant une militarisation accélérée du Nord.

L’ambassade russe à Bruxelles a critiqué l’Otan pour son abandon de la coopération institutionnelle, déplorant que l’alliance choisisse la militarisation plutôt que le dialogue constructif au sein du Conseil de l’Arctique. De son côté, le ministre allemand de la Défense a affirmé que l’Otan n’autoriserait pas la Russie ni la Chine à utiliser l’Arctique à des fins militaires. Depuis 2022, la présence militaire russe s’accroît en collaboration avec la Chine, notamment via l’utilisation du passage du nord-est reliant l’Europe à la Chine pour les pétroliers russes.

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