France

Rachel accuse l’Abbé Pierre de l’avoir agressée à l’âge de 8 ans, affirmant ressentir encore aujourd’hui les traces de cette agression

Rob Laurens

Rachel Le Nan a porté seule ce secret durant plus de cinquante ans. Convaincue qu’il s’agissait d’un incident isolé, elle a gardé le silence jusqu’au jour où, en vacances bretonnes en 2024, elle entend un appel à témoins mentionnant l’Abbé Pierre à la radio. Cette révélation la bouleverse profondément en réalisant qu’elle n’était pas seule.

Son enfance a été marquée par l’instabilité familiale. Son père était alcoolique, sa mère souffrait de dépression récurrente. Un homme appelé René, ami de sa mère et futur beau-père, l’a présentée à l’Abbé Pierre lors d’une visite en région parisienne en 1974, alors qu’elle n’avait que huit ans. Elle raconte avoir été laissée seule avec le fondateur d’Emmaüs dans son bureau.

Rachel décrit des gestes sexuels imposés par l’Abbé Pierre lors de deux occasions différentes. Elle évoque des détails traumatisants : une odeur nauséabonde, ses mains l’agrippant, son comportement agressif. Cinquante ans après, ces souvenirs restent viscéraux, provoquant des réactions émotionnelles intenses à chaque évocation.

La fillette a tenté deux fois de révéler ces violences. À onze ans, elle s’est confiée à la psychologue de son pensionnat, mais la directrice l’a frappée pour avoir accusé René, une figure respectée. Un an plus tard, elle avoue à sa mère ce qui se passe. Le lendemain, sa mère, déjà fragile psychologiquement, se suicide. Rachel se tait alors pendant quarante-sept ans.

En 2025, douze victimes mineures contactent une ligne d’écoute dédiée. Rachel réalise alors qu’elle n’est pas unique. Elle découvre que René avait déjà été condamné pour agressions sexuelles sur trois fillettes avant de rencontrer sa mère. L’Abbé Pierre lui avait offert refuge et responsabilités au sein d’Emmaüs.

Rachel trouve une lettre de 1976 rédigée par l’Abbé Pierre recommandant René pour un mariage. Le document mentionne une fillette sans jamais révéler les antécédents criminels de René. Cet oubli apparent semble calculé pour dégager sa responsabilité dans les abus futurs.

L’écriture de son ouvrage, publié en janvier 2025, s’est avérée catharsis mais aussi profondément épuisante émotionnellement. Elle a souffert de nuits blanches, de crises de larmes et d’une perte de poids importante. Son frère n’a pu lire que quarante-deux pages du livre. Elle espère que son témoignage encouragera d’autres victimes à briser le silence.

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page
Fermer